"Si les traditionnels soutiens de Vladimir Poutine mettent en avant l’idée d’une paix, c’est qu’elle profitera avant tout à la Russie."
En effet, selon les récentes déclarations de Viktor Orban ou Donald Trump, ces derniers souhaiteraient se diriger au plus vite vers un processus de paix concernant le conflit ukrainien. Ce dernier aurait lieu dès que possible, ce que l’on peut supposer être à la probable réélection de Donald Trump et son entrée en fonction début 2025.
La guerre en Ukraine s’est progressivement transformée en une guerre d’attrition, à savoir une guerre d’usure, où les ressources à disposition des acteurs sont particulièrement déterminantes dans l’issue du conflit. À ce jeu là, l’Ukraine semble être perdante. Le soutien de la part des pays de l’Union européenne comme des États-Unis est soumis aux conjonctures politiques, le rendant instable et trop lent au goût des Ukrainiens. De plus, démographiquement, l’Ukraine possède environ 40 millions d’habitants face à une Russie en possédant plus de 140 millions. On pourrait donc croire qu’une paix serait alors dans l’intérêt ukrainien et moins dans celui de la Russie.
Néanmoins, plusieurs motifs me poussent à penser le contraire.
La principale question qui devra être résolue dans cet hypothétique processus de paix est celle des territoires. Il est très difficile d’imaginer une Ukraine qui accepte de concéder les territoires actuellement occupés par la Russie. Sans mentionner les “Républiques populaires” séparatistes prorusses de Lougansk et Donetsk qui sont des cas à part, l’ensemble des conquêtes militaires russes représente 20% du territoire ukrainien. Ainsi, s’il est très peu envisageable que l’Ukraine cède sur ces territoires, il est tout aussi peu envisageable que la Russie accepte de les rétrocéder.
En effet, la question des conditions russes lors d’un processus de paix est délicate. Elle entraîne plus généralement la question des buts de guerre russe en ayant lancé l’offensive le 24 février 2022. Outre le discours très idéologique de “dénazification”, les buts de guerre tels que le mentionne Poutine officiellement sont la démilitarisation et le retour à la neutralité ukrainienne dans une perspective de choc des blocs entre l’OTAN et la Russie.
Néanmoins, cette conception des objectifs russes paraît à bien des égards trop restrictive. L’agressivité dont le Kremlin fait preuve, par des moyens subversifs, vis-à-vis de l’Europe de manière générale, et le début de l’offensive russe s’étant notamment concentré sur Kiev, il est clair que la Russie ne cherche pas seulement à instaurer une “zone neutre”. La Russie s’inscrit en réalité bien plus dans une perspective impérialiste, en voulant restaurer son influence dans les PECO (Pays d’Europe Centrale et Orientale) et, a minima, déstabiliser l’Union européenne. La manière dont la Russie a balayé d’un revers de la main les accords de Minsk trois jours avant de lancer son opération militaire spéciale témoigne à elle seule des réelles volontés de la Russie.
Si nous considérons de tels objectifs, alors, une paix délabrée serait en réalité dans l’intérêt de la Russie. La Russie, même si elle obtient l’entièreté du territoire qu’elle occupe militairement, aurait intérêt à remettre en question le statu quo.
Par ailleurs, au vu de la place qu’accorde la Russie aux rapports de forces, en particulier militaire, dans son analyse des relations internationales, sa crédibilité serait elle-même compromise.
Ainsi, si ce plan de paix aboutit, il fera office de cessez-le-feu bien plus que de paix. Il permettrait en réalité à une armée russe prouvée au combat de profiter pleinement de ses retours sur expérience tout en reconstituant ses stocks d’hommes, de munitions et de matériel. À l’inverse, le soutien à l’Ukraine, dont la pérennité est déjà difficile à assurer en temps de guerre, le serait encore davantage en cas d’une paix de façade. Les opinions publiques pourraient voir le conflit comme terminé, la menace russe comme moins immédiate et donc seraient moins enclines à considérer l’aide à l’Ukraine comme une priorité. Il deviendrait ainsi beaucoup plus facile pour la Russie de regagner l’avantage.
Il paraît de plus en plus nécessaire de considérer ce scénario alors que Donald Trump se rapproche dangereusement de la Maison Blanche. Outre ses déclarations sur cette paix, son scepticisme vis-à-vis de l’OTAN et l’hypothétique retrait, de facto ou officiel, de l’organisation s’il vient à être élu, abondent dans le sens de cette paix de façade.
Jennifer Rankin, “Trump has ‘detailed and well-founded’ plans to end Ukraine war, says Orbán”, [en ligne] The guardian, 16/07/2024, <https://www.theguardian.com/world/article/2024/jul/16/trump-has-detailed-and-well-founded-plans-to-end-ukraine-war-says-orban> consulté le 17/07/2024
Lukas Lourel, “Guerre en Ukraine : Trump évoque un plan de paix s’il est réélu, Poutine prêt à le suivre… 3 questions sur cette "perspective" de cessez-le-feu” [en ligne] La Dépêche, 17/07/2024, <https://www.ladepeche.fr/2024/07/06/guerre-en-ukraine-trump-evoque-un-plan-de-paix-sil-est-reelu-poutine-pret-a-le-suivre-3-questions-sur-cette-perspective-de-cessez-le-feu-12063356.php> consulté le 17/07/2024
Alexandre Priam “Guerre en Ukraine, en direct : environ 20 % du territoire ukrainien aux mains des forces russes, de nouvelles sanctions européennes” [en ligne], Le Monde, 03/06/2022, <https://www.lemonde.fr/international/live/2022/06/03/guerre-en-ukraine-en-direct-environ-20-du-territoire-ukrainien-aux-mains-des-forces-russes-de-nouvelles-sanctions-europennes_6128593_3210.html> consulté le 17/07/2024
George Wright, Vitaliy Shevchenko & Paul Kirby “Guerre Russie-Ukraine : Poutine déclare à la Russie que ses objectifs de guerre restent inchangés” [en ligne], BBC, 18/12/2023, <https://www.bbc.com/afrique/monde-67737472>, consulté le 17/07/2024
Valentine Pasquesoone “ Déclarations de Donald Trump sur l'Otan : l'Europe serait-elle capable d'assurer sa défense seule, sans le soutien des Etats-Unis ?” [en ligne], Franceinfo, 16/02/2024, < https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/declarations-de-donald-trump-sur-l-otan-l-europe-serait-elle-capable-d-assurer-sa-defense-seule-sans-le-soutien-des-etats-unis_6363469.html> consulté le 17/07/2024
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