Dans le quartier de Kensington, à Philadelphie, des dizaines de corps jonchent le bord de la route. Ils sont endormis, sous l’emprise de la drogue, ou déjà victimes silencieuses d’une crise sanitaire sans précédent aux Etats Unis, le tout à moins de 5 km du lieu où fut signée, le 4 juillet 1776, la déclaration d’indépendance.
En 2023, aux Etats Unis, les fentanyl a fait une victime toutes les 7 minutes, soit 75 000 morts sur l’année. Des quartiers entiers sont ravagés par ce fléau comme Kensington ou Tenderloin à San Francisco qui culmine à 700 morts d’overdose par an. Dans ces enclaves désormais ravagées par la drogue, le ballet des ambulances est devenu constant afin de sauver ceux qui peuvent encore l’être des ravages du fentanyl.
Cinquante fois plus puissant mais aussi plus mortel que l'héroïne, cette drogue de synthèse, souvent consommée mélangée à des tranquillisants bon marché, a fait de ces quartiers les plus grands lieux de vente de drogues du pays. Elle inonde le marché des drogues dures surpassant la majorité des narcotiques et autres opioïdes car moins chère, plus puissante et bien plus facile d'accès. Face à ces quartiers décimés, certains citoyens américains estiment que le “laisser faire” du pouvoir politique est responsable, voire criminel, laissant le poids de la gestion de cette crise à des bénévoles locaux. Au dela de ces drames quotidiens locaux, la lutte contre le fentanyl est devenue un enjeu diplomatique et international, modifié au gré des relations entre les Etats Unis et la Chine.
Fin 2024 à San Francisco, la priorité n’est pas à la gestion de la crise des opioïdes. Les élections municipales arrivent au même moment que l'élection présidentielle. Le bilan de London Breed, maire de la ville du Golden Gate, pourtant historiquement démocrate, fait face à des critiques, parfois au sein même de son parti. Avec 1200 morts pour l’année, certains opposants s’accordent à dire que San Francisco est victime de sa longue traduction politique de tolérance envers les drogues. Certains quartiers comme celui de Tenderloin ont abandonné le contrôle la lutte contre la vente et la consommation d'opioïdes. A l’approche de l’élection, la municipalité tente tout de même de sauver les apparences, les toxicomanes sont chassés, les trottoirs “nettoyés”, leur matériel et rares biens personnels (tentes, vêtements) sont confisqués voire détruits. Face à la démission du pouvoir politique, certaines initiatives locales, par des citoyens issus de ces quartiers ravagés, tentent tant bien que mal de contenir les effets de la crise.
Alerter, sauver, protéger, telles sont les missions des bénévoles de Philadelphie ou San Francisco. Ils sont pasteurs, sportifs, anciens addicts ou familles de victimes du fentanyl, réunis pour tenter de sauver le quartier qui, bien souvent, les a vus grandir. Ces volontaires effectuent le travail de protection sociale et sanitaire. Les membres actifs rock ministries de Kensington sillonnent les rues équipés de Narcan, un antidote d’urgence en cas d’overdose. Une action solidaire qui essaie tant bien que mal de sortir les victimes de la rue en les redirigeant vers les centres de désintoxication, souvent déjà surchargés. A Tenderloin, c’est via la prévention sur les réseaux sociaux que les bénévoles essaient d’alerter la municipalité et l’opinion publique afin de redonner une humanité à ces victimes devenues trop habituelles d’un fléau ravageur. Mais face à l’ampleur de la crise, ces efforts demeurent dérisoires. À Kensington comme à Tenderloin, les rues continuent de porter les stigmates d’une tragédie que ni la politique ni la société ne semblent parvenir à endiguer.
Illégale sur le sol américain, la vente et la production de fentanyl est, depuis plusieurs années, concentrée en Chine ou les produits nécessaires à la confection d'opioïdes sont faciles d’accès, peu chers et envoyés aux Etats Unis sans contrôle. Dès 2018, des rencontres entre le président Trump et Xi Jinping permettaient l’interdiction de la production et de l’exportation du fentanyl chinois vers les Etats Unis. Le commerce ne faiblissant pas, les Etats Unis n’hésitent pas à monter au créneau permettant d’interdire une trentaine de précurseurs du fentanyl entre 2020 et 2024. Cependant, les images parvenant tous les jours de ces quartiers désoeuvrés de capitales américaines prouvent que, dans les faits, rien n’a changé. Si la Chine est réticente à respecter ses engagements vis-à -vis des Etats Unis quant à la lutte contre cette crise sanitaire, c’est parce que le contrôle des exportations de fentanyl est devenu un outil, une “arme diplomatique”. Un événement majeur témoigne de cette instrumentalisation politique et diplomatique : lors des rapprochements entre les États Unis et Taiwan en 2022, la Chine qui ne reconnaît pas Taiwan comme un Etat indépendant prend diverses sanctions contre les Etats Unis. Parmi ces mesures de rétorsions, un “laisser faire” bien plus important concernant le contrôle des exportations des matières premières du fentanyl. La Chine va même jusqu’à utiliser ce “chantage au fentanyl” concernant la question des ouïghours (minorité musulmane fichée, déportée et persécutée par le pouvoir chinois). En effet, lorsque les l’administration Biden décide de sanctionner l'institut of foreign science, responsable du fichage ouïghours, la Chine annonce que la collaboration en matière de lutte anti drogue sera suspendue tant que les sanctions économiques et technologiques seront maintenues.
Ainsi, la crise du fentanyl aux États-Unis dépasse le cadre d’une simple épidémie de drogue : elle s’inscrit, au niveau national, comme un échec politique et, au-delà, comme un nouveau levier de négociations entre la Chine et les Etats-Unis. Dans des quartiers comme Kensington et Tenderloin, la précarité et l’inaction institutionnelle ont laissé place à une tragédie quotidienne, où seuls les bénévoles et les initiatives locales tentent d’apporter une lueur d’espoir. Ainsi, si la fin de l’année 2024 semble marquer une première baisse dans la consommation de Fentanyl, les négociations et sanctions s’enlisent alors les rues américaines continuent de compter leurs morts.
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