Le populisme ou l’échec de la démocratie

Prôner des idées, quelles qu’elles soient, ne peut aller avec un rejet de l’écoute de l’autre sans quoi le corps social se polarise, et la démocratie se fragilise.

Article publié le Mar 17, 2025
Thomas Perrin
Deuxième année à Sciences Po Strasbourg
Pour citer ce baragouin :
Thomas Perrin, "Le populisme ou l’échec de la démocratie ", BARA think tank, publié le Mar 17, 2025, [le-populisme-ou-lechec-de-la-democratie]

Les prises de paroles du Président américain Donald Trump ont toutes une  chose en commun, il dit La vérité, et ceux qui sont contre lui mentent  forcément. Il est interessant de noter à ce propos que ses plus fervents  soutiens le croient sur parole, ne cherchant jamais à remettre en question ce  qu’ils entendent ou lisent, notamment sur les réseaux sociaux.  

Ce phénomène, s’il est à son paroxysme au Etats-Unis est aussi présent dans  une moindre mesure dans nos démocraties européennes, et notamment en  France. La cause est la polarisation de la société autour de partis populistes.  

Ces partis qui ont pris une ampleur inquiétante ces dernières années sont  basés sur un rejet de l’élite en place bien sûr, mais aussi sur un rejet des  informations qui sont contraires à leurs idées. Il suffit pour le comprendre de  lire les réponses aux tweets des élus ou personnages politiques actuels :  chaque prise de position est suivie des louanges des partisans et du rejet  catégorique par les opposants, sans toujours chercher à faire preuve de  nuance. Si cela est dû à l’état des réseaux sociaux aujourd’hui, c’est aussi en  raison de la polarisation politique contemporaine.  

Cette polarisation est inquiétante. Loin d’être nostalgique d’un passé  lointain, il s’agit de comprendre que nos sociétés sont fragiles, le lien social  de plus en plus fin, et que plus ces partis sont puissants, plus la société est à  risque. En effet, prôner des idées (quelles qu’elles soient) ne peut aller avec  un rejet de l’écoute de l’autre sans quoi le corps social se polarise, et la démocratie se fragilise.

Si nous le voyons avec Trump, qui, étant tellement  polarisé, rejette de façon absolue toute idée différente des siennes, quitte à  entrer dans un déni flagrant de démocratie ; nous le voyons aussi en France.  Les partis extrêmes, bien que portants des idées et des valeurs différentes,  ont le point commun de posséder le monopole de leur vérité. Bien plus  enclins que Trump à reconnaitre leurs torts, ils sont tout de même dans une  dynamique dangereuse de rejet des idées autres.  

Cela se manifeste notamment à travers les insultes, devenues chose  commune sur les réseaux sociaux mais pas seulement. Il y a une hausse de  32% des violences contre les élus entre 2021 et 2022. Ces violences sont le  symbole de pans de la société qui n’acceptent plus que leurs propres idées.  

Ces dérives sont dangereuses pour la démocratie. En effet, mêmes si ces  partis n’arrivent pas encore au pouvoir, ils contribuent à diviser une société  déjà fragmentée. Tous les sujets sont questions à polémique, chacun  exprimant sa vérité, et se renfermant sur soi même. Bien évidemment, le biais  de confirmation des réseaux sociaux ne fait qu’accentuer ce phénomène.  

Il ne faut cependant pas faire porter la responsabilité uniquement sur les  réseaux sociaux ou sur les partis populistes. Cette situation est de la  responsabilité collective de toute une société qui a cru la démocratie acquise  et qui n’a pas cherché à l’entretenir correctement. C’est en ce sens que les  jeunes sont les moins attachés à la démocratie (seuls 51% des jeunes se  sentent très attachés à la démocratie en 2022). La société entière est  responsable de la faiblesse de notre régime démocratique et la polarisation  du corps social.  

Ainsi, si la situation empire avec un président américain qui est le symbole  paroxystique de cette mouvance, il est toujours bon de se rappeler que rien  n’est immuable et qu’un sursaut démocratique est possible et ne peut que  servir l’intérêt du plus grand nombre, comme le veut notre démocratie.  

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